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Revivre autrement…


Il y a le temps… le seul qui arrange vraiment… Il n’y a que lui qui, un jour, t’ouvre la porte à vivre autrement. Ça prend l’hiver au moins, un hiver en pyjama, un hiver d’ermite, à souffrir en attendant tu ne sais même plus quoi. Parce que le “aller bien”, il est très très loin… dans un endroit qui n’existe plus, où même les plus beaux souvenirs n’ont pas survécu.

Il y a de ces moments où ton être n’a nulle part où aller… Éviter les pensées, les souvenirs, les gens que tu connaissais et surtout, mais surtout, l’endroit que tu aimais…

La serre… ouais… je la perds… Pas le choix… Arrache-toi à ça aussi, me dit la vie, même si tu pensais que là y vivait ton père… Sécateur… même si tu penses que tu meurs… Souviens-toi de l’oiseau… de la vipère et du crapaud… Tu auras essayé de tout ton cœur de t’enraciner là-bas, plantant des fleurs et des vivaces qui s’agripperaient au sol et à lui… Juste là, si loin, juste à côté… Tu aurais voulu appartenir à cet endroit, tu aurais voulu que l’amour soit. Tu auras tout donné, fait de ton mieux.



Il neige alors je m’en fous, ça prend l’hiver au moins… Madrid grandit. J’ai l’impression de stagner, comme elle, et elles… je suis clouée ici… parce que j’en ai envie… C’est doux et reposant. Enfin… C’est petit mais joli et rempli de poésie… Ici, c’est un tableau d’objets qui me font sentir humaine… quelle rengaine. Dire qu’il y a des gens qui veulent vivre jusqu’à cent ans. Mon appartement… Le prix me fait sentir que j’ai réussi… L’humaine dans toute sa splendeur. Le confort pour réparer le cœur… Niveo l’offrait… Quand je suis arrivée, sur mon comptoir, il n’y avait qu’un contrat et trois clés. Ça, ça s’appelle “recommencer”. Un contrat qui t’offre de payer… pour… Une page complètement blanche… Une laveuse qui n’a jamais lavé de bleu marin, un frigo avec absolument rien… Un appartement blanc, exactement comme tu en rêvais, quand tu recevais deux ou trois fois pour Pâques quand tu haïssais Pâques encore plus que l’estie de Saint-Valentin. Niveo…


Ça a été comme un radeau dans une mer qui ne voulait que me chavirer… encore et encore… en plus, pour une mère qui s’accrochait, le cœur en ceinture de plomb, pour te descendre dans les profondeurs de l’humain toxique, malade, petit. Petits… ses enfants je les aimais… Les parfaits… La belle-sœur, le frère… et lui. Mon parfait à moi, je l’aimais plus que ma propre vie… En lui, j’ai mis tout l’espoir d’une vie… J’aurais voulu l’aimer très fort, le chavirer, le conquérir, le sentir amoureux… Le monter à la surface de l’amour, par-dessus l’orgueil, par-dessus le “Avoir”… Pour être nous deux amoureux…

Le 1111. J’y ai juste cru, pis même pas. Il ne restait que moi… J’ai misé sur moi… juste ça… C’est ça que j’ai eu. Moi.

Et un chat.

On va très bien, Madrid et moi…

Elle dort allongée de tout son long, son existence sereine provient sans doute du fait que j’y ai déversé pendant des mois, tout l’amour du monde… Gâtée pourrie ma Madrid je dois dire… Mais elle a absorbé beaucoup de solitude aussi… Si petite, ma Madrid… Elle a été mon repère, mon envie d’être ici… À son arrivée, elle a habité cet endroit parce que moi je ne pouvais pas… J’étais figée dans la peine, perchée dans mon onzième… Confortable, productive… mais débranchée… Sans but vraiment, et sans comprendre comment tout ça a pu m’arriver… Seule devant la vie que j’ai créée. Y faire face, idéologie… Je me sens comme si nous étions toujours au préface.

Elle est née le même jour où j’ai décidé de partir… la nuit où j’ai quitté la serre…

Elle a été mes premiers rires. Elle a gardé mon cœur plein de peine des nuits entières… Mon fauve… Forte, présente, joueuse… On dit que les chats absorbent le stress des gens… Madrid ne recevra jamais assez de moi pour lui remettre ce qu’elle m’apporte.

J’écoute du piano et j’écris l’histoire d’un humain. Pas mal ça juste à faire ici… vivre sa vie d’humain, s’intérioriser le plus possible… Pourquoi? Je sais que moi je voudrais bien comprendre… comprendre… Qu’est-ce qu’on fait ici? Je parle globalement, comme humain… Le but de la mascarade? Et ceux qui passent dans leurs vies comme spectateurs, par choix, ou pas… le but c’est quoi?

Je vais le moins possible où tout le monde vit… Il y a des gens partout, des gens absents, des gens brûlés, stressés, des humains…

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